Génération numérique Africaine et logiciels libres : le paradoxe d’une attitude méfiante envers les logiciels open source

 

Les logiciels libres : qu’est-ce que c’est ?

Open-source, freeware, abandonware, shareware, etc ; tels les notions qui s’entrecoupent avec la définition d’un logiciel libre, même si en réalité il existe un grand fossé entre eux.
Le logiciel libre est ce logiciel dont le bénéficiaire hérite des droits suivants :
– droit d’utilisation du produit :
le logiciel peut être installé autant de fois le bénéficiaire voudra sans que celui-ci n’ait à demander une permission et pour la première installation et pour les autres. il est libre d’en faire l’usage voulu
– droit de copie du logiciel :
le bénéficiaire peut faire autant de copies voudra sur autant de support qu’il en a, sans être inquiété par les poursuites judiciaires
– droit d’étude du produit :
le bénéficiaire peut regarder dans le code source du logiciel. Le code source est le fichier intelligible pour l’être humain, fichier qui sera compilé (transformé en langage machine par le compilateur). La bonté des auteurs de logiciels libres est qu’ils fournissent leur produit avec ce fichier d’instruction. Ainsi le bénéficiaire peut lire ces instructions aussi bien pour s’en inspirer que pour les modifier
– droit de modification du produit :
la licence de logiciels libres qui sont des Open-source i.e livrés avec leur codes sources, cette licence autorise le bénéficiaire à travailler le logiciel afin de l’améliorer ou de le personnaliser. Certains diraient que les auteurs du logiciel libre encouragent même cette modification

– le droit de distribution :
le bénéficiaire peut vendre ou donner le logiciel à qui il veut sans avoir à verser une contrepartie à l’auteur.
L’on comprend dès lors que le farouche opposant du logiciel libre est le logiciel propriétaire dont la licence est moins généreuse que celle que nous venons de décortiquer.
En effet, à l’opposé du logiciel libre, le logiciel propriétaire qui fait recette de la vente et de l’appropriation du copyright, n’autorise parfois aucun accès à son code source et brandit article à la main, les conventions internationales sur la propriété intellectuelle pour dissuader toute tentative de modification sans préavis de leur propriété. C’est pourquoi le logiciel libre se révèle moins coûteux par rapport à eux car étant gratuit et parfois même aussi performant même si du point de vue consommation cela n’est pas visible sur certains continents.

logicielslibres.gif

Attitude africaine face aux logiciels libres : rejet implicite

L’Afrique est de loin, en nombre de type de logiciels par ordinateur, le plus grand accroc des logiciels propriétaires.
En effet, les logiciels libres ont dû mal à s’imposer en Afrique malgré leur gratuité, leur performance qui est parfois même supérieure à leurs congénères propriétaires, la facilité de leur maintenance ainsi leur modificabilité qui est censée leur rendre beaucoup plus adaptés aux besoins du bénéficiaire.
La plupart des postes en Afrique de l’Ouest tourne sous windows et c’est tout dernièrement que la BCEAO (Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest) à mis ses serveurs sous Linux et a adopté la suite bureautique OpenOffice.
Certes des  exemples de logiciels libres sont à citer en Côte d’Ivoire (Akwaaba), au Mali (Baobab Edu), au Burkina-Faso (GestCarp), mais cela reste parfois à l’état embryonnaire tant l’engagement des gouvernements est faible. Seul, le gouvernement sud-Africain à pris une décision dans la promotion du libre en Afrique en décrétant que tout logiciel qu’il développera fera parti du libre et sera adopté immédiatement.
Bref, on peut dire que les logiciels libres restent impopulaires sur les continents même si l’évidence du bénéfice de leur adoption n’est pas sujette au débat. L’Afrique se méfierait-elle du libre ? Aurait-elle peur de passer du payant au gratuit ou ne se sent-elle pas concernée par l’évolution des technologies ?

QUELLES SONT LES RAISONS DE LA NON CONSOMMATION DES PRODUITS LIBRES PAR LES AFRICAINS ?

–    Le manque d’information :

On estime qu’un nombre conséquent des consommateurs informatiques ne sont pas au courant qu’ils ont le choix de la nourriture gratuite que sont les produits libres. En effet, selon, Petra TCHAPKUI, présidente de l’association Sud et TIC,  le manque d’informations serait la source de ce regrettable état des lieux qui est dû au fait que les gens ne se sentent pas concernés par les mutations dans le logiciel. Nombreux sont ceux qui estiment que « c’est une affaire d’informaticiens ».
Les entreprises africaines et les particuliers ignorent donc qu’ils peuvent acquérir gratuitement ce qu’ils achètent cher actuellement.

–     Inexistence de structures de vulgarisation des informations :

Seconde raison et cause de la première raison, il n’y a de structures chargées de la divulgation de l’information sur ce genre d’opportunités nouvelles. Pour plusieurs analystes du marché du logiciel, le manque d’engagement de la part des gouvernements en est pour beaucoup.
En effet, les gouvernements africains à l’exception de celui sud-Africain  ne s’engagent pas à favoriser la culture du libre, préférant même s’aliéner dans la politique du dumping que pratiquent certaines maisons des logiciels propriétaires.

–    L’aide au developpement : les grandes maisons s’en servent pour provoquer la dépendance :

Le dumping comme il se pratique par Microsoft consiste à fournir des ordinateurs gratuits et pré-équipés de Windows (licence valable pour 1 an) dans le cadre des accords d’aide au développement. Ceci permet de rendre le continent accroc des produits Microsoft car le renouvellement de la licence coûte cher. Et les pauvres pays du continent ne peuvent pas payer. D’où ils restent dépendants des versions craquées de logiciels propriétaires.

–    Absence de structures de developpement et sous-financement des projets :

On cite aussi au chapitre des raisons pour lesquelles le libre n’a pas la côte en Afrique, l’absence de structures de développement ou plutôt leur manque de moyen pour s’investir dans la personnalisation des logiciels. En effet, les structures de développement ne bénéficient d’aucun soutien des pouvoirs publics toute l’administration tourne sous windows. Il n’existe peu ou presque pas de communautés de développeurs en Afrique, ce qui fait que les quelques rares programmeurs s’isolent derrière les écrans de leurs ordinateurs pour travailler seuls. Ceci dans l’intention de ne pas se faire voler leurs idées.

–    La faute des écoles et centre de formation informatique :

Il faut aussi accuser les centres de formation informatiques. Du fait que la plupart des formations sont offertes sous logiciels propriétaires, ils prédisposent les acteurs du numérique à la dépendance vis-à-vis des maisons privatistes. Comme le témoigne ce constat fait dans la ville de Kara : sur une quinzaine d’écoles et de centres de formation modulaire informatique, seule une structure a fait mention du logiciel libre dans ses différentes options ; seules deux se connectent à Internet par Mozilla Firefox. Pour les bases de donnés, aucune n’utilise un autre logiciel à part celui de Microsoft office.

–    La lenteur de la connexion internet :

La connexion Internet a une part de responsabilité dans la non consommation du logiciel libre. La conséquence de la lenteur des téléchargements n’encourage pas les gens à s’intéresser à ses logiciels tant leur téléchargement est quasi impossible (parfois 10 jours pour 300 Mega pour une connexion faussement baptisée « ADSL »).
Signalons pour finir que le retard africain dans le numérique freine aussi la consommation des logiciels.

Pour conclure sur cette partie, on peut retenir comme cause de l’apparent boycott des logiciels libres, le manque d’information, la pusillanimité de certains gouvernements, leur complicité à encourager la dépendance envers les logiciels propriétaires, l’inexistence de structures de développement où leur sous-financement conséquent à l’humeur des pouvoirs publics, la qualité de la connexion Internet.

Paradoxe d’une attitude un peu absurde

Et pourtant les analystes financiers sont unanimes sur les avantages de l’adoption des logiciels libre par le continent. Ces avantages sont aussi bien d’ordre économique que politique (en matière de souveraineté ou plutôt d’indépendance au cas où certains comprendraient souveraineté comme un concept d’ultranationalistes). Selon ces analystes, le logiciel libre reste un appui à ne pas négliger dans la sphère de la concurrence entre les entreprises : mieux vaut économiser.

Intérêts de l’adoption des logiciels libres

–    Les avantages économiques : compétitivité et réduction de réduction des temps morts causés par les bugs :

Que gagne entreprise lorsqu’elle choisit le logiciel libre ? De l’argent.
En effet, le choix du logiciel libre réduit considérablement les dépenses des entreprises, ce qui agit sur le coût de production de ces entreprises qui peuvent dès lors répercuter cette sensible diminution aussi infime soit-elle, sur le prix de leurs marchandises. Ceci leur permet de s’incruster un peu plus facilement dans la jungle de la concurrence.
Vous doutez de cela. OK, imaginez un restaurant spécialisé dans la vente du foufou (pâte obtenu en pilant l’igname cuite). Supposez qu’un beau matin, cette entreprise trouve l’igname gratuitement sur le marché sans un protocole de restriction d’accès. Vous ne me direz pas que cette entreprise ne va pas faire plus de bénéfices qu’avant.
« Les ignames gratuites sont de mauvaise qualité ».
Faux, les logiciels payants n’offre pas plus de garantis que ceux gratuits. Le monde du logiciel n’est pas parfait (loi de la réalisation humaine). Donc rien ne prouve qu’en payant cher pour avoir un logiciel vous ne vous ferez pas baisé par une version craquée. Or pour le logiciel libre même si la version que vous obtenez ne vous satisfait pas, vous l’avez acquise gratuitement et vous avez la possibilité de l’améliorer. Ce qui n’est pas le cas du logiciel propriétaire où vous n’aurez d’autres issues que d’envoyer votre logiciel à la poubelle.
Ensuite, libre ou pas, aucun logiciel n’est exempté d’erreurs (bugs). Dans le cas du logiciel payant, il faut se plaindre à la maison-mère qui fixera le délai de réponse. Ce qui nuit considérablement à la compétitivité d’une entreprise qui s’arrête de tourner à chaque bug. Mais dans le cas du logiciel libre, non seulement on peut se faire le réparateur, mais on peut se faire aider des milliers de volontaires qui surveillent et contribuent au développement du logiciel.
Enfin, si Linux et Windows n’échappent pas à la loi de la perfection (ie ont parfois des bugs), pourquoi ne pas faire confiance au moins cher d’entre eux

–    Les avantages politiques : une ouverture vers la réduction de la dépendance technologique :

Les pays Africains clament jour et nuit leurs désirs de s’auto-diriger, d’être indépendant. Et bien c’est le moment d’entamer ce qu’ils prétendent vouloir. C’est en commençant petit qu’on peut inclure cette attitude émancipatrice dans les mentalités de tous les acteurs socio-économiques afin de préparer la non dépendance économique et surtout intellectuelle qui fait totalement défaut dans pays africains. Les logiciels libres sont une belle opportunité de conquête du terrain de l’autonomie technologique et par là politique. Car ce n’est pas en continuant par tout solliciter de Microsoft que vous pourrez demander au gouvernement américain de tenir compte de vos jérémiades.
Aussi faut-il comprendre plus on sait faire ce qu’on consomme, moins on le consomme mal
Alors, dirigeants africains, choisissez le chemin de l’indépendance, mais pas de celle qui se quémande à la tribune de l’ONU, mais celle qui se crée, celle qui s’acquiert par le travail et l’effort. L’exemple des pays Asiatiques avec le projet Asianux est un avant-goût de la volonté des gouvernements coréens, japonais et chinois de réduire les dépenses et la dépendance de leurs entreprises.

Dans nos prochains articles nous évoquerons la crainte en matière de sécurité (nous pouvons déjà vous dire que ces logiciels sont parfois plus sécurisés que les autres), lèveront l’équivoque possible entre le libre et les autres types de logiciels qui s’y apparentent ainsi que l’économie des logiciels libres (peut-on y investir ou s’investir).